Et Saint-Nicolas devint Santa-Claus

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Et Saint-Nicolas devint Santa-Claus

Saint-Nicolas, personnage historique, fut Evèque de Myre 1  (actuellement Demre en Turquie),  vécu entre  la fin du 3ème siècle et au début du 4ème, fut sanctifié après sa mort.

 

Il deviendra dans les siècles suivants- tandis que le christianisme supplante le paganisme en occident- un personnage légendaire pour des millions de catholiques, d’orthodoxes et également de certains  chrétiens orientaux au moyen-orient. La tradition populaire lui donnera le rôle de  « donateur magique de cadeaux » pour fêter la naissance du Christ mais aussi pour rassurer les enfants durant la période longue, froide et sombre de l’hiver. Ce bienfaiteur a aussi sa part d’ombre, son doppelgänger (double maléfique)  en la personne du Père Fouettard.

 

 

Ainsi le 6 Décembre, Saint-Nicolas visite les écoliers dans leurs maisons, et récompense les enfants sages, dans le cas contraire, le Père Fouettard qui l’accompagne, engouffre les enfants déméritant dans son sac pour les emporter… dans l’au-delà ! Effrayant n’est-ce pas ? …surprenant aussi, car contrairement à une idée reçue il n’a jamais été question de coups de fouet.
A partir du 11ème et 12ème siècle, on  prêta à Saint-Nicolas toutes sorte de légendes dont celles des « enfants au saloir », tués par un boucher et que Saint-Nicolas ressuscita par l’imposition de ses mains sur le saloir, ou comme celle qui raconte comment il permit à 3 jeunes filles de pouvoir se marier malgré que leur rang social inférieur leur en empêchait,  en leur apportant l’argent de leur dot, sur leur lit durant la nuit.  On lui attribue aussi le sauvetage en mer de marins…  on fera d’ailleurs de sa figure, le Saint Patron des écoliers et des marins, fêté le 6 décembre dans de nombreux pays d’Europe comme la France et l’Allemagne. Les russes orthodoxe en feront ni plus ni moins que le patriarche de la Russie, fêté le 19 décembre.

 

 

A partir de la Réforme initiée et instituée par Martin Luther, les protestants  ont en ligne de mire,  Saint-Nicolas qui n’est plus en odeur de sainteté.. selon eux, il est la relique d’un  héritage catholique,  donc païen, symbole du « don » magique qui éloigne les croyants de la vraie foi et du sens profond de la naissance du Christ… Saint-Nicolas est devenu hérétique, on lui reproche aussi en qualité de saint, d’être un intercesseur c’est-à-dire un intermédiaire entre Dieu et les hommes que les protestants  ne veulent plus. Ils  s’emploient donc à éradiquer les festivités de Noël et la figure traditionnelle de Saint-Nicolas,  non sans difficultés par ailleurs  car les parents et les enfants continuent de le plébisciter. Partout où le protestantisme s’impose, la figure de Saint-Nicolas est combattue, sa popularité faiblit, sauf au Pays-Bas où elle est autorisée, tandis que l’Angleterre et l’Écosse anglicanes sous l’impulsion de Cromwell,  réussissent vraiment à le supprimer de l'inconscient collectif au  milieu du 17ème siècle et pour une période qui dura un plus de 150  ans ! Il faudra attendre la moitié du 19ème siècles pour que les festivités de Noël reviennent dans les Iles Britanniques ainsi qu’un « donateur magique de cadeaux » mais sous une autre forme que celle du Saint-Nicolas, décidément trop catholique aux yeux des anglicans…

Pendant ce temps-là vers la fin du 17ème et début 18ème, des hollandais émigrent par milliers dans le nouveau-monde, avec dans leurs bagages leurs traditions de Noël et du calendrier de l’Avent dont la figure de Sinterklaas, le nom hollandais désignant Saint-Nicolas.

 

 

En Amérique, les descendants des colons Britanniques, les premiers ayant posés le pied dans cet immense continent - colons  établit de longue date et appartenant à une  classes sociale  aisée, quasi essentiellement  de religion apparentée au protestantisme, ne sont  pas  favorables à l’arrivée de nouveaux migrants. Ils voient d’un mauvais œil, les festivités de Noël et la figure de Saint-Nicolas, icône  des classes sociales pauvres, catholiques de surcroît, pour beaucoup d’entre eux des immigrés  Irlandais ou d’europe continentale, autrement dit des immigrés récemment arrivés, de classes inférieures et  dont certains s’alcoolisent jusqu’à l’ivrognerie le soir du 24 décembre….Dans le pays du libéralisme tant philosophique et économique, et qui promeut la réussite sur le plan matériel comme une « way of life », Saint-Nicolas le catholique  deviendra le symbole du déclassement social et de la vieille europe rétrograde et obscurantiste, et sera vite abandonné par les population d’amérique du nord au profit d’un personnage qui sera la copie revue et corrigée du « donateur magique de cadeaux » : Santa-Claus.
Ce personnage fut la première fois évoqué dans un poème, « L’ami d’un enfant » écrit par un collectif d’artiste New-Yorkais au début du 19ème siècle avec pour la première fois, une illustration d’un être miniature à l’apparence de lutin et portant le nom de Santa-Claus.

 

 

Il y est décrit comme se véhiculant à l’aide un traîneau tiré par des rênes. Ce poème inspira à l’auteur américain Clement Moore, un an après en 1822 un autre poème intitulé « La nuit avant Noël » 7  écrit pour ses enfants et dans lequel un personnage donateur magique de cadeaux se fait appeler également lui aussi Santa-Claus, mais qui porte un costume arborant les mêmes couleurs que Saint-Nicolas mais sans la crosse, la mitre, et le manteau d’évèque, autre invention ajouté : pour  livrer ses cadeaux, il descend par la cheminée !

 

 

Fort du succès du poème de Clement Moore, le personnage de Santa-Claus devient de plus en plus populaire et le dessinateur caricaturiste américain Thomas Nast vers 1860 contribue à le rendre davantage  célèbre en le représentant régulièrement dans les  dessins satiristes d’un journal très politiquement engagé et anti-catholique nommé Harper’s weekly. Au début Nast dessinait un petit personnage un peu triste au physique maigrelet mais au fur et à mesure de ses dessins, il le fit évoluer autour de 1880/90  vers un personnage sympathique, jovial, bon vivant et bien en chair avec joues vermeilles, cheveux et barbe blanche mais surtout, il lui trouva un endroit pour y résider : le pôle nord.

 

 

Revenons en Europe et plus précisément au  Royaume-Uni :  aux alentours de 1870, le travail des enfants (qu’on considère de plus en plus comme des être dotés de sensibilité qui leur est propre et moins comme des adultes en miniature)  se réglemente progressivement et l’Angleterre rentre dans son ère industrielle : les classes de la moyenne bourgeoisie émergent, croissent, la pauvreté recule dans le prolétariat, et les industries commencent à produire des marchandises en abondance, dont des jouets qui achalandent les vitrines des grandes villes et   émerveillent les petits anglais,  toutes classes sociales confondues. Un auteur Anglais, Charles Dickens grâce au succès d’un conte faisant la part belle à Noël et son folklore  « A Christmas Carol » (Traduction : Un chant  de Noël),  réhabilite dans l’opinion publique, les festivités du 24 décembre et la notion perdue de « donateur magique de cadeaux », qui revient d’Amérique, sous la forme de « Santa- Claus » :  le Père Noël dans sa version nord-américaine et hautement  symbolique  du consumérisme des pays occidentaux fraîchement industrialisés.

 

 

Coca-Cola l’utilisera même comme le personnage récurrent vantant son soda bouteille en main, dans plusieurs de ses campagnes publicitaires.  Le Santa-Claus  américain ne se contente pas de conquérir l’Angleterre et se répand viralement dans toute l’europe continentale qui connait aussi une expansion industrielle rapide se cherchant un donateur magique de cadeaux  plus commercialement présentable  et sans connotations religieuses. C’est en 1931 qu’il arrive en Europe dans sa version finale (avec parfois des variantes): manteau rouge et blanc, ceinture et bottes noires, le modèle standard américanisé.  Au début il s’implante assez facilement dans les pays protestants mais avec bien plus de réticence dans les pays catholiques, dont les représentants religieux fustigent, plus pour longtemps encore, son caractère consumériste et son symbole d’ impérialisme atlantiste. Il est parfois concurrencé par d’autres personnages qui ne lui résistent pas longtemps et son costume change parfois de couleur, comme le vert (symbole de l’hiver), au final il l’emporte partout s’imposant grâce aux compagnes publicitaires de Coca-Cola, dessinées par l’illustrateur Haddon Sundblom qui assoient son règne incontesté dans le monde occidental et christianisé.

 

 

A Dijon en 1951, des religieux et des jeunes catholiques brûlèrent sur le toit de la Cathédrale, l’effigie du père Noël, devant une foule de parents et d’enfants amassée sur le parvis.

Ce geste symbolique choqua tellement l’opinion publique à l’époque qu’il fit la une indignée des journaux nationaux, et le Maire de Dijon, un chanoine dans le civil dut présenter officiellement des excuses. Bientôt dans tout l’occident, la figure de Santa-Claus s’impose (sauf dans les pays sous régimes communistes), reléguant Saint-Nicolas à la portion congrue et délimitée des traditions empruntes de religiosité.

 

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